La Librairie Entre-Temps

La librairie Entre-Temps est un projet emblématique et original de l’asbl Barricade. A l’intersection des secteurs de l’économie sociale et de l’éducation permanente, elle se revendique d’un mode de fonctionnement démocratique et autogestionnaire, ainsi que d’une finalité culturelle et sociale plutôt que mercantile.

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Entre-Temps, la librairie de l’asbl Barricade, se revendique du secteur de l’économie sociale. Son équipe a été soumise à la question !

D’où vient cette appellation de librairie d’économie sociale ? Vous adonnez-vous à des activités de réinsertion socio-professionnelle ?

Pas du tout. Nous ne sommes d’ailleurs pas d’accord avec le quasi-consensus médiatique et institutionnel qui résume le secteur de l’économie sociale à ses actions d’insertion socio-professionnelle. Ce type d’activité est en effet bien soutenu aujourd’hui par les pouvoirs publics en Belgique. Ainsi, 80% des organisations d’économie sociale sont des entreprises de formation et d’insertion. Mais pour nous, l’économie sociale représente avant tout un cadre qui permet d’envisager la gestion d’une activité économique de manière plus démocratique, plus participative et en poursuivant d’autres finalités que le profit.

En quoi votre fonctionnement peut-il être qualifié de démocratique et participatif ?

Au niveau de la participation des travailleurs à la gestion, signalons que les 8 salariés sont membres de l’Assemblée Générale, et que 6 d’entre eux font partie du conseil d’administration, qui compte au total 12 administrateurs et administratrices. On ne peut pas parler d’autogestion mais la participation des travailleurs à la gestion est réelle. Formellement, nous appliquons bien sur le principe démocratique voulant qu’un homme-une femme = une voix. C’est d’ailleurs une imposition légale pour les asbl. Bien entendu, la réalité est généralement plus complexe que les principes, et elle ne s’y soumet pas toujours [1]. Mais plus encore que « l’état des choses », c’est la dynamique dans laquelle on s’inscrit qui nous semble importante. Concrètement, que met-on en place pour progresser vers plus de démocratie ?

Quel est votre rapport au profit ?

Nous sommes une association sans but lucratif, nous n’avons pas pour objet de faire du profit. Tout bénéfice réalisé par la librairie doit obligatoirement -c’est la loi- être affecté aux projets de l’asbl et à l’emploi. Mais développer la librairie au point d’en faire une source de fonds propres pour financer les autres activités de l’asbl représente un sacré défi !

Justement, l’appellation librairie d’économie sociale n’est-elle pas avant tout un argument marketing ?

Certes, on ne va pas se priver de mettre en avant tout ce qui nous distingue positivement des autres librairies, et on espère que cela va inciter les gens à nous soutenir. Mais nous nous intéressons aux valeurs de l’économie sociale principalement pour interroger leur capacité de subversion du capitalisme. Nous tentons humblement d’apporter notre contribution au dépassement de ce système mortifère.

Les organisations coopératives, mutuellistes et associatives ont beau exister depuis des siècles, elles ne semblent pas avoir particulièrement ébranlé le capitalisme…

L’essor continu du capitalisme est indéniable, mais sa légendaire capacité d’adaptation connaît de sérieux ratés, et ça ne devrait pas s’arranger avec la fin du pétrole bon marché. La logique de croissance économique inhérente au capitalisme est incompatible avec la finitude des ressources planétaires. Il est temps de se consacrer à la transition vers un nouveau modèle. A ce titre, les organisations d’économie sociale constituent une alternative concrète et un laboratoire essentiel pour le développement solidaire et local d’activités économiques à taille humaine, plus démocratiques, plus participatives, plus autonomes, et non (principalement) orientées vers le profit.

Pouvez-vous nous donner cinq bonnes raisons de venir chez vous ?

  • Acheter un ouvrage à la librairie Entre-Temps, c’est soutenir concrètement un centre culturel alternatif,  participer au développement de réseaux féministes, alter-mondialistes et sociaux, faire mieux connaître des pratiques quotidiennes qui s’opposent à la logique dominante,… C’est aussi envisager le livre comme un outil d’émancipation, et soutenir des auteurs et éditeurs à contre-courant. N’allez plus engraisser la FNAC, commandez vos livres à Entre-Temps !
  • Notre café-librairie se veut avant tout un lieu convivial, à deux pas de l’hyper-centre de Liège : confortable coin-lecture, revuethèque, terrasse -parfois- ensoleillée, cave dédiée  et aménagée en espace d’exposition.. à re-découvrir d’urgence !
  • Traditionnellement, les libraires sont invités par les éditeurs à présenter les « best sellers » : nous résistons ! Pas d’offices forcés à Entre-Temps, pas de complicité avec ces paquets de nouveautés hyper commerciales proposées par les éditeurs. Stratégies commerciales obligent, ce système de surproduction conduit très rapidement les surplus au pilonnage, à la disparition prématurée de nombreux ouvrages intéressants et à l’uniformisation culturelle.
  • Nous organisons très régulièrement des soirées littéraires, des rencontres d’auteur-es, des ateliers d’écriture. Pour vous tenir informé-es de nos activités, abonnez-vous au Pavé Dans La Mare ou à notre lettre d’information électronique via notre site web (www.barricade.be).
  • On peut se procurer chez nous des livres qu’on ne trouve pas ailleurs. Par exemple, notre rayon « égalité femmes-hommes » est le plus développé de Belgique francophone.

 

Notes :

1. Voir l’analyse d’Ariane Dewandre de SAW-B sur le thème de la démocratie et de la participation des travailleurs à la gestion.
2. Selon le Décret sur l’action associative dans le champ de l’éducation permanente du 17 juillet 2003, les pratiques qui s’inscrivent dans une démarche d’éducation permanente visent « l’analyse critique de la société, la stimulation d’initiatives démocratiques et collectives, le développement de la citoyenneté active et l’exercice des droits sociaux, culturels, environnementaux et économiques dans une perspective d’émancipation individuelle et collective des publics en privilégiant la participation active des publics visés et l’expression culturelle ». Les organismes qui réalisent un objet d’éducation permanente favorisent et développent « Une prise de conscience et une connaissance critique des réalités de la société ; des capacités d’analyse, de choix, d’action et d’évaluation ; des attitudes de responsabilité et de participation active à la vie sociale, économique, culturelle et politique ».